Fakenews : « l’agricultrice bio auvergnate… »

Depuis quelques temps, il circule le « témoignage » d’une agricultrice bio auvergnate anonyme qui dénonce l’énergie éolienne (si elle existe, car c’est probablement un personnage inventé). Paul Neau, ingénieur écologue, expert reconnu qui intervient sur la problématique « énergie éolienne et environnement » propose de répondre à un maximum de ces « dénonciations » pour que chacun se fasse son opinion.

1- Les projets éoliens en France sont portés par des citoyens (quelque fois), par des collectivités territoriales (quelque fois aussi) et majoritairement par des sociétés spécialisées : les deux plus importantes étant EDF-EN et Engie-Green, respectivement deux filiales de EDF et Engie, dont l’Etat français est actionnaire à 83,7% pour EDF et 23,64% pour ENGIE. Dans la très grande majorité des cas, ces sociétés conservent la propriété et l’exploitation des éoliennes pendant la vingtaine d’années de production d’électricité (pas de revente donc des parcs à des « étrangers ») ;


2- Le démantèlement des éoliennes est très encadré réglementairement (et il est respecté). D’une part les conditions d’enlèvement des fondations sont fixées précisément : remise en état sur une profondeur minimale de 1 mètre pour des terres agricoles. D’autre part, une provision bancaire est obligatoire (50 K€ par éolienne) avant la production du premier kWh ; la vente des métaux de l’éolienne (acier, cuivre, aluminium) est une autre ressource pour payer entièrement ce démantèlement ; ce n’est pas de la théorie, de tels démantèlements se pratiquent déjà et une filière en développement est déjà identifié, voir p46, point 4.6 de l’étude Ademe 2017.

Par ailleurs, les projets éoliens susceptibles d’avoir des conséquences négatives importantes sur l’économie agricole locale doivent mettre en place des mesures compensatoires collectives (et non individuelles) étudiée notamment pas la CDPENAF (Commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers).


3- La location des terres, pour l’implantation des éoliennes et les pistes d’accès, se fait de gré à gré entre le propriétaire et la société éolienne ; les loyers peuvent être significatifs, mais pas dans les proportions annoncées par notre témoin anonyme.


4- Les éoliennes produisent 80% à 90% du temps (et pas 25%) ; à un instant donné, leur production dépend de la vitesse du vent ; cette production est donc variable : elle est aussi parfaitement prévisible. Une éolienne terrestre de 2 MW va produire 4,4 millions de KWh chaque année (soit l’équivalent de 2 200 heures de fonctionnement à pleine puissance ou un facteur de charge de 25%) ; une éolienne offshore de 6 MW va produire elle 21 millions de kWh par an (soit l’équivalent de 3 500 h à pleine puissance ou un facteur de charge de 40%).


5- Les parcs d’éoliennes produisent de l’électricité en 20 KV qui est consommée localement. C’est une énergie décentralisée. Les centrales nucléaires produisent de l’électricité en 400 KV pour être acheminée sur de grandes distances (vers les agglomérations, voire vers l’étranger).


6- Le nombre de réacteurs nucléaires en Europe a baissé de 52 unités depuis le pic de 1989, avec 125 en fonctionnement en 2018 ; car l’électricité éolienne ou photovoltaïque s’est développée massivement, rendant non-nécessaire le nouveau nucléaire. Ainsi les 170 000 MW éoliens et 100 000 MW PV installés en Europe produisent l’équivalent de… 70 réacteurs nucléaires FR.


7- L’éolien bénéficie d’une obligation d’achat par tout opérateur énergétique agréé comme EDF OA, mais aussi ENERCOOP (depuis 2016) à un tarif inférieure à 72 € le MWh, en baisse d’année en année ; la différence entre ce tarif d’achat et le prix du marché européen est payée par le consommateur : en moyenne, ce surcoût est d’une douzaine d’euros par an et par foyer (sans chauffage électrique). Ce tarif de 72 € le MWh éolien est à comparer à celui du nouveau nucléaire qui est à plus de 100 € le MWh – Hinkley Point au Royaume-Uni.


8- La circulation de rumeurs et d’idées fausses est d’usage courant chez les anti-éoliens de la FED et de Vent Contraire. Ces opposants systématiques à l’éolien (il n’y a jamais de bons projets pour eux), et qui ne proposent aucune alternative, sont aussi, pour leurs chefs, très souvent des climato-sceptiques.